Association d'information sur l'allergie et l'asthme

La saison des allergies - Cela peut affecter vos méninges !!!

George Luciuk, MD, FRCPC, Vancouver (C.-B.)

La période allant du début du printemps à la fin d’automne peut s’avérer difficile pour les personnes avec des allergies saisonnières. Les symptômes de la rhinite allergique (RA) comme l’écoulement nasal, le larmoiement, les démangeaisons et la congestion nasale ainsi que la difficulté à se concentrer sur les tâches quotidiennes peuvent causer beaucoup de frustration et d’inconfort. Ils ont souvent un impact négatif sur la qualité du sommeil, sur le rendement au travail et sur la qualité de vie en général entraînant une baisse de la productivité et une hausse des frais médicaux et des coûts de manquement au travail ou à l’école. Chez la population d’âge scolaire, ces effets de la RA peuvent nuire à l’apprentissage. (Vuurman EFR, van VeggelLM, Uiterwijk MM, et al. Seasonal allergic rhinitis and antihistamine effects on children's learning. Ann Allergy. 1993;71:121-126)

La documentation récente sur l’effet négatif significatif de la RA au niveau cognitif met en lumière un nouvel aspect important d’un symptôme sur lequel on n’a pas de données mais dont les patients se plaignent souvent (en particulier, si leur médecin les interroge à ce sujet !) (Wilken JA, Berkowitz R, Kane R. Decrements in vigilance and cognitive functioning associated with ragweed-induced allergic rhinitis. Ann Allergy, 2002; 89:373-380) Fait également probant pour cette discussion, l’exacerbation de la rhinite allergique peut agir non seulement au niveau cognitif mais aussi sur l’humeur, des effets auxquels peuvent parfois contribuer en majeure partie les médicaments souvent utilisés pour traiter la RA chez certains de ces patients. (Marshall PS, Colon EA. Effects of allergy season on mood and cognitive function. Ann Allergy. 1993; 71:251-258. SpatethJ, Klimek L. Moses R. Sedation in allergic rhinitis caused by the condition and not the antihistamine treatment. Allergy. 1996;51:893-906)

Les médecins disposent de plusieurs moyens pour venir en aide aux personnes qui cherchent à faire soigner leur RA. Pour cette perspicacité, assurez-vous que vous posez à votre médecin les bonnes questions. Les patients et leurs familles associent peu souvent ces autres effets au niveau cognitif ou sur leur humeur à une RA non traitée. Certains médicaments que nous utilisons pour traiter la RA peuvent soit soulager soit exacerber cet aspect cognitif.

Les antihistaminiques sont les agents les plus indiqués pour traiter une RA légère et intermittente. On peut les associer à d’autres agents chez les patients présentant des symptômes plus graves ou persistants ou concomitants à une conjonctivite allergique ou un asthme allergique. Ces antihistaminiques ont pour fonction principale de contrer les effets des médiateurs libérés par la réaction allergique et, ce faisant, de réduire les symptômes clés : éternuements, démangeaisons et rhinorrée. L’un des aspects les plus importants à considérer lorsqu’on recommande un antihistaminique, est celui des effets nuisibles significatifs mais souvent méconnus de certains de ces agents sur le système nerveux central (SNC). (Wilken et al again Ann Allergy 2002:89; 372-380, Nicholson AN, Turner C. Central effects of the antihistamine cetirizine. Aviate Space Environ Med 1998; 48:200-206. Warren R, Simpson H, Hilchie J, et al. Drugs detected in fatally injured drivers in the province of Ontario. In: GoldbergL, editor. Alcohol, Drugs, and Traffic Safety, Vol 1, Stockholm, Sweden; Almqjuist & Wiksell; 1981:1203-217. Weiler JM, Bloomfield JR, Woodworth GG, et al. Effects of fexofenadine, diphenhydramine and alcohol on driving performance. A randomized placebo-controlled trial in the Iowa-driving simulator. Ann Intern Med 2000:132:354-363.Verster, JC, Volkerts ER, Ann Allergy 2004:92:294-303, Antihistamines and driving ability: evidence from on-the-road driving studies during normal traffic.)

Ces agents sont en vente libre. Souvent, c’est le patient mal informé qui décide seul de les acheter. Comme beaucoup de cette information est très récente, jusqu’à un certain point elle n’a pas encore atteint toutes les pharmacies et tous les cabinets de médecins. C’est ce qui fait que, malheureusement, il arrive souvent que les effets adverses touchant la cognition et le rendement qui viennent d’être décrits ne sont pas reconnus facilement. Des agents plus anciens, comme la diphenhydramine et l’hydroxyzine traversent la barrière sang-cerveau plus facilement que les antihistaminiques plus récents. (reference Verster JC Volkerts article and Weiler JM article Ann Int Med 2000) Cela signifie que, selon les doses recommandées, les agents plus anciens présentent un plus grand risque d’agir sur le SNC. Les effets détectés lors d’essais cliniques ne correspondent pas nécessairement avec les évaluations subjectives des défaillances (Weiler JM article Ann Int Med 2000). Dans cette étude, environ 1/3 des patients sous diphenhydramine ont ressenti la sédation mais tous ont eu de mauvais résultats comparativement à l’échantillon de contrôle. De fait, ceux qui n’ont pas éprouvé de sédation ont eu des accidents simulés plus graves et obtenu les pires temps de réaction. Il n’y a probablement rien de pire qu’une personne fragilisée sur le plan cognitif qui n’admet pas son incapacité et qui ne la compense pas soit en conduisant plus lentement ou en prenant d’autres précautions ! Malheureusement, 47 % de tous les antihistaminiques vendus en Amérique du Nord appartiennent à la première génération de ces médicaments qui sont potentiellement susceptibles de causer d’importants effets indésirables graves. Un projet de loi à été présenté dernièrement à la Chambre des Communes du Canada pour criminaliser la conduite sous l’influence des médicaments sédatifs. Si jamais ce projet devient loi, cette situation deviendra encore plus importante pour les patients ainsi que pour leurs prescripteurs à cause des implications légales. La sédation est l’effet le plus connu des antihistaminiques sur le SNC mais il y a plus que cela. Une étude clinique récente a comparé la diphenhydramine 50 mg, un agent connu comme affectant le SNC, avec la desloratadine 5 mg, un agent ne présentant pas de problème, et avec un placebo8. Y ont participé 204 patients adultes atteints d’une RA induite par l’herbe à poux. Ils ont subi un test de provocation dans un Environmental Exposure Unit (unité d’exposition environnementale) avec des doses contrôlées d’herbe à poux jusqu’à ce qu’ils développent un certain nombre de symptômes objectifs et subjectifs.

Les chercheurs de cette étude ont effectué une batterie de tests neuropsychologiques générés par ordinateur, d’abord de référence puis randomisés soit pour les médicaments soit pour le placebo pour tester un ensemble impressionnant de mesures de la fonction cognitive. Ils ont découvert que le traitement à la diphenhydramine, comparé à la desloratadine (p < 0.05), était associé à des décréments significatifs du point de vue clinique de tous les paramètres de la vigilance et de la cognition.8 Le Kay Continuous Performance Test, ou test de performance continue, mesure la vigilance en répertoriant le nombre d’erreurs ou d’oublis dans un intervalle de temps préalablement spécifié. Dans cette étude, les patients du groupe sous diphenhydramine ont fait en moyenne deux erreurs de plus que ceux du groupe sous placebo alors que ceux du groupe sous desloratadine faisaient en moyenne une erreur de moins que ceux du groupe sous placebo. Ces résultats sont survenus à 10 minutes d’intervalle ce qui peut potentiellement être extrapolé à 12 erreurs l’heure ou 96 erreurs dans une journée de travail régulière de 8 heures. Ce si grand nombre de plus d’erreurs potentielles chez les patients affectés par la diphenhydramine pourrait s’avérer lourd de sens pour un contrôleur aérien, un pilote ou un conducteur d’autobus, voire un banal automoboliste dans la voie à côté de vous sur l’autoroute. C’est une question qui mérite que quiconque prescrit des médicaments à des patients s’y attarde.

Cette étude a également associé la diphenhydramine à une somnolence beaucoup plus importante par rapport à la desloratadine ou au placebo. Par ailleurs, la desloratadine et la diphenhydramine ont été aussi efficaces l’une que l’autre pour soulager les symptômes de la RA en comparaison du placebo.

Il faut comprendre toutefois que les effets sur le SNC ne sont pas limités aux anciens antihistaminiques. Les observations recueillies au fil des ans indiquent que la cetirizine peut aussi avoir un impact sur le SNC d’un adulte,9-19 (also Verster, JC, Volkerts ER, Ann Allergy 2004:92:294-303, Antihistamines and driving ability: evidence from on-the-road driving studies during normal traffic.) tel qu’indiqué sur l’étiquetage du produit. Les directives actuelles pour les pilotes au Canada et aux États-Unis recommandent à ceux qui utilisent de la cetirizine de s’abstenir d’en prendre au moins 24 heures avant de voler. Il va sans dire que, dans de telles circonstances, l’alcool ajoute à ces effets. (Verster, JC, Volkerts ER, Ann Allergy).

En définitive, il faut être conscient que la maladie allergique elle-même peut avoir un effet de sédation et de troubles cognitifs chez les patients sensibles. Les antihistaminiques peuvent soulager ou exacerber ce problème. Tous les patients ne sont pas affectés de la même façon mais ceux qui le sont auront peut-être des déficiences importantes qui pourraient être réversibles. Changer cela pourrait améliorer considérablement leur qualité de vie.


Note de la rédaction : Fexofenadine (Allegra), Diphenhydramine (Benadryl), Hydroxyzine (Atarax), Desloratadine (Aerius), Cetirizine (Zyrtec or Reactine).

Références :

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  8. Wilken JA, Kane RL, Ellis AK, et al. A comparison of the effect of diphenhydramine and desloratadine on vigilance and cognitive function during treatment of ragweed-induced allergic rhinitis. Ann Allergy Asthma Immunol 2003; 91(4):375-85.
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Info asthme allergies, numéro 3 2004

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