Association d'information sur l'allergie et l'asthme

Allergie aux médicaments :
Comment aider votre allergologue à poser un diagnostic

Dr Amin S. Kanani, FRCPC

Un effet indésirable à un médicament (EIM) est une réaction nocive, non intentionnelle et désagréable qui survient lorsqu’une dose du médicament est administrée à des fins de prévention, de diagnostic ou de traitement. Une réaction allergique à un médicament est en quelque sorte un EIM par l’entremise d’un mécanisme immunologique. Faire une éruption cutanée quand on prend de la pénicilline est un bon exemple d’allergie à un médicament. Il y a, par contre, des effets indésirables à des médicaments qui ne sont pas des allergies, comme des nausées et des vomissements avec la codéine ou un rythme cardiaque accéléré à la prise de salbutamol (Ventolin).

Les réactions allergiques représentent de 6 à 10 % environ de tous les effets indésirables aux médicaments. Elles vont des légères éruptions cutanées jusqu’aux plus graves, à l’enflure et à la difficulté de respirer. Suivant l’importance de la réaction allergique, un médicament peut parfois être administré quand même, s’il est nécessaire, en recourant à l’immunothérapie.

Les allergies les plus courantes aux médicaments viennent des antibiotiques, comme la pénicilline ou les sulfamides, et de l’aspirine et autres anti-inflammatoires (AINS), comme l’ibuprofène ou le naproxen. N’importe quel médicament peut toutefois produire une réaction allergique, même les produits naturels. Une personne ayant un diagnostic confirmé d’allergie à un médicament devrait porter MedicAlert®.

Dans leur état original, la plupart des médicaments ne causent pas d’allergie. Une fois dans l’organisme, ils se décomposent en différents éléments appelés métabolites. Ce sont ces métabolites qui peuvent causer des allergies. Les métabolites rattachés à la plupart des médicaments sont inconnus. Il n’y a donc pas de tests précis de réaction cutanée pour évaluer l’allergie à la plupart des médicaments. La pénicilline fait exception. On connaît ses métabolites ce qui rend possible un test cutané pour détecter cette allergie. Ce test n’est pas disponible actuellement pour des raisons de fabrication mais il devrait bientôt être produit.

Comme il n’existe pas de tests d’allergie pour la plupart des médicaments, les médecins doivent s’en remettre à un dossier complet du patient afin d’évaluer si une allergie est vraiment présente et si on peut réinstaurer la médication sans danger.

Voici des questions que vous posera votre médecin si on soupçonne chez vous la présence d’une allergie.

  1. Quel est le nom du médicament?

    Il arrive que les gens ne savent pas le nom du médicament qui a provoqué une réaction parce que celle-ci date de longtemps, parce qu’il y a plusieurs médicaments du même nom ou presque, parce qu’ils prennent plus d’un médicament ou qu’ils ont un problème de langue. Si vous pensez avoir fait une réaction à un médicament, il est très important de noter par écrit de quel médicament il s’agissait. Vous pouvez le vérifier auprès du médecin qui l’a prescrit ou demander à votre pharmacien de sortir votre dossier. Dans certains cas, votre allergologue pourra obtenir ce renseignement de votre pharmacien, hôpital ou médecin.

  2. À quel moment avez-vous eu cette réaction?

    La réaction s’est-elle produite au moment où vous avez pris le médicament ou a-t-elle eu lieu après avoir achevé la médication? Si vous avez eu une réaction en prenant le médicament, était-ce dans les deux premières journées ou dans les deux premières semaines? Ces renseignements sont très importants pour votre médecin car il y a différents types de réactions qui se produisent à différents moments de la médication.

  3. À quand remonte votre réaction?

    Le temps écoulé depuis la réaction est important. Certaines allergies, comme celle à la pénicilline, peuvent disparaître avec le temps.

  4. Quelles étaient les parties de votre corps impliquées et les caractéristiques de votre réaction?
    • Avez-vous eu une éruption cutanée? À quoi ressemblait-elle et quand s’est-elle produite? Prendre des photos de l’éruption pour la montrer à votre médecin sera très utile.
    • Avez-vous constaté de l’enflure, par exemple, à la gorge, à la langue ou aux lèvres?
    • Avez-vous éprouvé de la difficulté à respirer? Si vous avez de l’asthme, s’est-il aggravé? Certaines personnes asthmatiques sont allergiques à l’aspirine et aux anti-inflammatoires correspondant qui peuvent entraîner des crises d’asthme graves.
    • Avez-vous eu des maux d’estomac comme de la nausée, des vomissements, des douleurs ou de la diarrhée?
    • Avez-vous ressenti de la douleur ou un enflure aux jointures?
    • Votre réaction était-elle accompagnée de fièvre?
  5. Pourquoi vous a-t-on prescrit ce médicament?

    C’est une question importante car on pourrait méprendre les symptômes d’une maladie sous-jacente pour une allergie.

  6. Preniez-vous d’autres médicaments lors de votre réaction?

    On blâme couramment les antibiotiques pour une réaction mais d’autres médicaments comme un narcotique ou un anti-inflammatoire sont souvent administrés en même temps et peuvent être responsables.

  7. Comment votre réaction a-t-elle été traitée?

    Êtes-vous allé à l’urgence ou avez-vous vu tout de suite un médecin? Avez-vous été hospitalisé? Avez-vous décidé d’arrêter la médication vous-même? Vos réponses aideront l’allergologue à évaluer la gravité de votre réaction.

  8. Avez-vous pris le même médicament, ou un médicament similaire, depuis votre réaction?

    Si une personne rapporte une allergie à la pénicilline et a pris de l’amoxicilline par la suite sans faire de réaction, il est peu probable qu’elle soit allergique à la pénicilline étant donné qu’il s’agit de deux drogues identiques.

  9. Avez-vous déjà ressenti des symptômes similaires sans avoir pris de médicament?

    Si les symptômes se produisent en dehors de la prise du médicament, tout porte à croire qu’une autre affection en est responsable, pas une allergie au médicament.

  10. Avez-vous une affection sous-jacente qui vous rend plus sensible à certains médicaments?

    Par exemple, l’amoxicilline peut provoquer une éruption cutanée chez une personne atteinte de mononucléose et l’incidence d’une réaction aux antibiotiques sulfamides est plus forte chez les patients affectés par le VIH.

Étant donné les limites actuelles des tests cutanés pour détecter les allergies aux médicaments, les allergologues doivent s’en remettre à l’historique que vous leur donnez pour savoir s’il y a bien allergie. Il importe donc que vous fournissiez à votre allergologue le plus possible de renseignements.

Référence : Solensky R. Med Clin North Am Jan 2006

Info asthme allergies, numéro 3 2006

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