Association d'information sur l'allergie et l'asthme

L’oesophagite éosinophilique

Dr Harold Kim, allergologue, Kitchener (Ontario)

Il y a cinq ou dix ans, un « nouveau » trouble d’ordre médical apparaissait dans l’univers des allergies. Il touche aussi bien les enfants que les adultes. On l’a baptisé « oesophagite éosinophilique », ou EE en raccourci du nom anglais. Au diagnostic, on l’a parfois appelé « allergie gastro-intestinale » ou « asthme de l’intestin ». Bien que l’attention soit principalement portée sur l’oesophage ou le tube digestif, cette affection allergique peut aussi toucher d’autres parties de l’estomac et des intestins. Son incidence est évaluée à quelques10 000 enfants par année et elle semble augmenter progressivement.

Une bonne façon de vous présenter ce sujet est de citer une étude de cas. Un garçon de onze ans a été recommandé à notre clinique avec un dossier de vomissements à répétition et d’importantes douleurs abdominales. Ces épisodes semblaient se produire au printemps. À cette période de l’année, il présentait quelques symptômes de rhume des foins (la rhinite allergique) et d’asthme léger. Ses symptômes abdominaux, cependant, étaient parfois si graves qu’il avait déjà été hospitalisé à trois reprises. Il avait subi des tests cutanés avérés positifs pour les arbres, le gazon et les acariens de la poussière. Il n’était pas allergique aux aliments. On lui avait fait voir un gastro-entérologue qui, à l’aide d’un endoscope, avait pratiqué une biopsie à l’intérieur de l’oesophage. Cette biopsie révéla la présence d’éosinophiles, une catégorie de globules blancs impliqués dans les allergies. L’enfant fut traité au moyen d’un stéroïde inhalé contre l’asthme qu’il devait avaler plutôt qu’inhaler. Cela fait maintenant trois ans que ses symptômes sont bien contrôlés.

Ce cas illustre plusieurs points importants eu égard à l’oesophagite éosinophilique. En premier lieu, elle peut être très débilitante et  souvent être maîtrisée par les traitements à notre disposition. Dans cet article, nous examinerons son aspect clinique, son diagnostic et son traitement.

Cette affection touche aussi bien les enfants que les adultes. Ses symptômes varient de légers à très graves. Elle est souvent détectée par un diagnostic accidentel lors d’une endoscopie. Chez l’adulte, ses symptômes peuvent prendre la forme de douleur quand on avale, de sensation d’aliments pris dans la gorge et de brûlures d’estomac. Chez l’enfant, ils sont plus subtils : aversion de la nourriture, vomissements ou problème de déglutition, brûlures d’estomac (qu’une intervention médicale, voire chirurgicale, ne peut atténuer), sensation d’aliments pris dans la gorge, douleur quand on avale et même retard de croissance.

Ce trouble peut être confondu avec plusieurs affections des intestins comme le reflux acide, la maladie de Crohn, une allergie aux aliments ou une infection intestinale. D’ailleurs, la plupart des patients atteints d’oesophagite éosinophilique sont allergiques. De 50 à 80 % d’entre eux souffrent en même temps de dermatite atopique, de rhinite allergique ou d’asthme. Des études réalisées sur des souris confirment que l’allergie inflammatoire de l’oesophage s’aggrave si l’on introduit un allergène dans les voies respiratoires d’un sujet atteint d’oesophagite éosinophilique. Ce résultat est troublant. Il accentue la preuve que l’allergie est vraiment une maladie systémique. Certains chercheurs croient cependant que l’allergie aux aliments peut aussi provoquer une inflammation de l’oesophage.

Il faut donc faire preuve d’une grande vigilance avant de poser un diagnostic d’oesophagite éosinophilique. Si une personne présente des symptômes qui y ressemblent et ne répond pas au traitement normal contre le reflux acide, ou si elle a d’importants problèmes de vomissements et de difficulté à avaler, il faut l’adresser à un gastro-entérologue spécialement si elle est déjà atteinte d’une allergie comme l’asthme ou la rhinite allergique. La seule façon d’établir le diagnostic est d’obtenir une vue endoscopique et une biopsie de la région sensible. Le pathologiste examinera la biopsie et confirmera la présence d’une quantité significative d’éosinophiles dans les tissus. Enfin, chez les patients ayant reçu un diagnostic d’EE, certains chercheurs préconisent des tests d’allergie approfondis sur les aliments et les aéroallergènes.

Une fois le diagnostic établi, les options de traitement peuvent inclure tous les traitements que nous utilisons déjà à la fois pour la rhinite allergique et pour l’asthme. Il s’agit d’une nouvelle affection et il existe peu d’études réalisées correctement sur son traitement. Comme c’est le cas de tout trouble pouvant être causé par une allergie, il faut s’abstenir de s’exposer à tout déclencheur de l’allergène suspecté, y compris aux allergènes alimentaires et aux aéroallergènes. Certaines études ont montré qu’éviter de s’exposer aux allergènes alimentaires courants, voire limiter le régime à une formule alimentaire, s’avère particulièrement efficace chez les enfants.

Les antihistaminiques et les antagonistes du leukotriène peuvent aider mais on estime que le traitement le plus efficace consiste en une dose élevée de stéroïdes inhalés contre l’asthme pulvérisés dans la bouche et avalés plutôt qu’inhalés dans les poumons. Cette technique ferait que le médicament soit administré directement sur l’oesophage. Chez les patients présentant des symptômes graves, des stéroïdes oraux ou systémiques devraient être envisagés mais réduits en autant que cela soit possible. Tout patient atteint d’oesophagite éosinophilique doit être suivi par un allergologue, un gastro-entérologue, ou les deux.

En résumé, l’EE est une affection qui peut être grave et qui reste difficile à diagnostiquer. Bien que son incidence semble s’accroître, les médecins doivent faire preuve de vigilance dans l’identification et le traitement des patients atteints. Une fois le trouble diagnostiqué, il existe des traitements aptes à améliorer les symptômes et le processus de la maladie de façon significative. Tout le milieu de l’allergie et de l’immunologie attend avec impatience l’évolution de la recherche dans cet intéressant nouveau domaine de « l’allergie gastro-intestinale ».

Info asthme allergies, numéro 1 2008

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