Association d'information sur l'allergie et l'asthme

« Alimentaire » mon cher Watson !

Elaine Pollard, membre de l’AIAA, St-Albert (Alberta)

L’année dernière à l’école, moi et une autre mère avons milité en faveur de nos enfants auprès du comité d’école. Nous voulions mieux faire connaître l’allergie au lait et demander qu’on aborde avec un esprit critique l’usage qu’on fait de la nourriture à l’école.  Cette autre mère a deux enfants qui souffrent d’anaphylaxie aux oeufs, au lait et aux noix ; l’un d’eux souffre d’asthme également. Pour ma part, j’ai un enfant atteint d’anaphylaxie au lait et aux produits laitiers.

Pour moi, une allergie grave est un Problème de santé qui nécessite une intervention communautaire (PSNIC). Les camarades d’un enfant atteint d’hémophilie, par exemple,  veillent à ce qu’il ne se fasse pas d’ecchymose quand ils jouent ensemble. Ses enseignants doivent s’apercevoir s’il semble saigner à l’interne et savoir agir en conséquence. De la même manière, la communauté non allergique a un rôle à jouer pour la sauvegarde des enfants allergiques. Mais, quel est ce rôle et jusqu’où doit-il aller ?

Celui des parents d’un enfant gravement allergique commence, dès l’instant du diagnostic, par leur propre éducation et celle de leur enfant. Comme eux, j’ai élevé mon enfant à bien connaître son allergie. Il a appris, par exemple, à détecter les produits laitiers en lisant les étiquettes une fois rendu à une étape de son développement où c’était possible.  Il entre en quatrième année et j’ai pleine confiance qu’il tentera d’éviter les situations où sa nourriture pourrait être contaminée par un produit laitier, même si cela veut dire qu’il doit s’abstenir d’aller jouer avec certains amis.

Toutefois, je ne peux pas toujours être présente là où mon enfant est constamment entouré de nourriture. L’intervention communautaire m’est nécessaire pour son bien-être. Je dois dire que les parents de ses amis ont été compréhensifs par rapport à ses besoins particuliers, spécialement pour les anniversaires, mais ma présentation au comité d’école a provoqué une toute autre réaction.

Une mère m’a dit qu’elle connaissait les allergies et qu’elle lisait scrupuleusement les étiquettes pour éviter les noix. Un instant plus tard, elle m’a conseillé de commander une pizza sans fromage pour mon enfant allergique au lait lorsque l’école fête à la pizza. Elle n’était définitivement pas au courant des dangers d’une contamination croisée accidentelle sauf dans le cas de l’allergie aux noix. C’est à ce moment-là que j’ai constaté le phénomène de la fatigue des allergies, un terme inventé par une autre membre de l’AIAA.  J’ai réalisé que le milieu scolaire s’entendait pour que la sensibilisation aux allergies se limite à une école sans noix ni arachide. Ces gens savaient lire les étiquettes pour les traces de noix mais ils n’étaient pas prêts à aller au-delà d’un seul déclencheur  d’anaphylaxie.

Ceux qui militent pour leurs enfants allergiques aux noix à notre école en sont rendus à dire aux autres parents ce que leurs enfants ont le droit ou non de manger pour déjeuner. Ils ont tellement envoyé de rappels sur l’allergie à l’arachide ou aux noix que des enseignants ont laissé tomber les fêtes en classe. C’est alors que j’ai commencé à comprendre pourquoi la fatigue des allergies devenait plus en plus apparente dans l’année.

Aujourd’hui, j’aimerais suggérer que nous, membres de l’AIAA, demandions à la communauté non allergique d’en faire moins pour l’allergie à l’arachide ou aux noix. Ironiquement, ils en viendront ainsi à en faire plus pour la grande communauté allergique et, éventuellement, pour toute la collectivité.  D’abord et avant tout, plutôt que de leur demander de lire les étiquettes à la recherche d’allergènes, nous devrions laisser les parents de la communauté non allergique mettre dans la boîte à lunch de leur enfant tout ce qu’ils croient nécessaire à sa bonne nutrition, y compris du beurre d’arachide et du fromage. Après tout, la récente étude américaine intitulée  “Relevance of casual contact with peanut butter in children with peanut allergy” donne à penser qu’un enfant allergique aux noix assis près d’un enfant en train de manger un sandwich au beurre d’arachide n’est pas en danger de mort.  Plutôt que de militer pour faire interdire un seul déclencheur d’anaphylaxie, nous devrions encourager la communauté non allergique à exiger que les enfants se lavent les mains plus souvent à l’école et que leurs salles de classe soient mieux nettoyées. Nous devrions aussi l’inciter à faire preuve d’un sens critique  lorsqu’il s’agit de nourriture pour recueillir des fonds ou récompenser les enfants. Qu’avons-nous besoin de toutes ces fêtes à la pizza à l’école ?

En cette ère de prise de conscience de l’obésité, du diabète, du SRAS, de la grippe, de mystérieuses infections, de virus mutants, de droits individuels et de protection communautaire, nous devrions demander à la communauté non allergique de prendre conscience d’elle-même et d’aider la communauté allergique dans son ensemble. Face aux plus de 200 aliments identifiés comme allergènes, l’interdiction des noix à l’école établit un précédent risible et un mode insignifiant de sensibilisation aux allergies. Certains spécialistes des allergies infantiles ne sont pas d’accord avec l’interdiction des aliments. Ne demandons donc pas des écoles sans allergies mais bien plutôt des écoles conscientes des allergies.

L’an dernier, mon enfant a fait de l’urticaire pendant cinq jours à cause d’une trempette au fromage visqueuse apportée à l’école pour une collecte de fonds.  Un meilleur lavage des mains et des pupitres aurait pu prévenir cette malheureuse réaction mineure. Heureusement, ça n’était pas un choc anaphylactique. Cette routine de propreté pourrait aussi atténuer la propagation d’infections d’un enfant à l’autre.

Les allergies sont un PSNIC. Oui, il faut que la communauté non allergique sache qu’il y a de l’allergie à l’école, qu’elle apprenne ce qu’est la contamination croisée, comment reconnaître et quoi faire en cas de réaction allergique ou d’un choc anaphylactique. Faisons en sorte que nos écoles soient plus sécuritaires et plus propres pour tous les enfants.

Info asthme allergies, numéro 3 2005

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