Association d'information sur l'allergie et l'asthme

L’industrie alimentaire et le consommateur allergique

Mary Allen, directrice générale de l’AIAA

Quand l’AIAA a été créée en 1964, l’étiquetage des aliments ne se faisait presque pas. Dans ces années-là, il y avait plus de femmes au foyer qui se chargeaient de l’épicerie et de la cuisine. L’alimentation des Canadiens moyens était plus simple et moins variée.

En 40 ans, la situation a bien changé. L’étiquetage des aliments est chose établie. Il y a encore des lacunes et des craintes mais le consommateur d’aujourd’hui a accès à beaucoup plus de choix et d’information. Il lui faut aussi beaucoup de temps pour s’y retrouver dans l’abondance de renseignements et de nouveaux produits, mais il en a de moins en moins car il doit désormais concilier travail et famille. Il s’en remet de plus en plus aux produits transformés. Il consomme une plus grande variété d’aliments. Il prend plus de repas au restaurant. Enfin, ses enfants mangent de plus en plus sous la surveillance d’autres personnes à la maison ou au service de garde.

Composer avec une allergie alimentaire s’avère particulièrement stressant dans les mois suivant le diagnostic alors que le patient et sa famille font face à d’importants changements dans leur mode de vie : prendre plus de temps pour faire l’épicerie, apprendre à lire et à comprendre les étiquettes sur les aliments, expliquer ses allergies aux autres et les éduquer. Le consommateur allergique doit demeurer vigilant 100 % du temps. Déchiffrer l’étiquetage alimentaire et évaluer les risques constitue une tâche complexe. Il est possible que les étiquettes n’offrent pas assez d’information à ceux qui souffrent d’allergies plus répandues, par exemple, au lait ou aux oeufs. La nouvelle réglementation va s’attaquer à ce problème par rapport aux dix allergènes prioritaires, mais il y aura probablement toujours des lacunes.

L’une des questions qui préoccupent sans doute davantage les consommateurs aujourd’hui est le nombre croissant d’avertissements préventifs de toutes sortes. La plupart commencent par « Peut contenir... ». Plusieurs de nos membres apprécient qu’on leur offre cette information. Souvent, cependant, ils ne savent pas comment l’interpréter surtout si, suivant leur perception, l’avertissement se rapporte à un produit ne présentant pas beaucoup de risque. Les fabriquants prennent pour acquis que l’avertissement suffira à éloigner les consommateurs allergiques du produit. Nous savons, pourtant, que certains consommateurs ignorent couramment les avertissements croyant qu’on les utilise principalement pour des raisons juridiques. Ils se mettent ainsi en danger. Il est très difficile pour un consommateur non averti d’évaluer correctement le niveau de risque. L’AIAA croit qu’il fautdrait établir des normes et des critères pour que les avertissements préventifs soient plus conformes et plus pertinents, qu’ils visent des risques réels et, enfin, que les fabricants y souscrivent sur une base volontaire. Les associations vouées à l’allergie et le gouvernement ont formé un comité pour évaluer cette question.

L’utilisation croissante de déclarations et de pictogrammes sur les allergies alimentaires cause aussi problème. Certaines déclarations sont positives et d’autres négatives, par exemple, contient du lait ou sans lait. Plusieurs fabricants ont leurs propres logos sur leurs produits pour consommateurs allergiques. Ces derniers pourraient bien ne plus s’y retrouver et interpréter, si le graphisme est trop petit, un avertissement positif comme étant négatif. Il est également à craindre que des consommateurs se fient aux déclarations sans lire les listes détaillées d’ingrédients. Là aussi, il faudrait des normes pour encourager une approche uniforme sur une base volontaire. L’Association québécoise des allergies alimentaires (AQAA) a fait ici oeuvre de pionnière. Elle aide les fabricants en mettant à leur disposition un nouveau programme de certification (pour information, consulter Le lien suivant s'ouvrira dans une nouvelle fenÍtrewww.certification-allergies.com).

La conformité de la marque pourrait devenir un problème. Quand on utilise le même nom de marque sur plusieurs versions d’un même produit, certaines portant l’avertissement qu’il contient des allergènes, d’autres qu’il est sans allergènes et d’autres encore qu’il peut contenir des allergènes, le consommateur risque de se tromper. Nous savons que la personne allergique est très fidèle à une marque et aussi qu’elle est portée à croire que les marques sont homogènes. Heureusement, à l’heure actuelle sur le marché, la différenciation des produits par leur emballage est souvent efficace. Il n’en reste pas moins que certains consommateurs décident d’abandonner une marque par crainte que leur enfant ou quelqu’un qui s’en occupe se trompe de version du produit. Nous ne cessons de rappeler à nos membres qu’il faut penser « formats » de produit par rapport à une marque mais il est difficile de faire passer ce message dans le grand public. Nous espérons qu’à l’avenir les fabricants qui s’engagent dans cette voie se montreront sensibles à la nécessité d’un étiquetage clair et précis.

Les messages utilisés en marketing doivent être formulés de façon responsable. L’acquisition rapide d’une part de marché ne saurait constituer l’unique raison de servir les consommateurs allergiques. Il faut que l’information sur l’allergie soit toujours bien lisible et facile à trouver aussi bien sur l’emballage extérieur que sur les contenants individuels.

La prévention contre les allergènes est une responsabilité partagée entre les consommateurs, les fabricants, les détaillants et les fournisseurs de services alimentaires. Le dialogue et la formation continue sont essentiels à l’industrie alimentaire, une industrie complexe et en pleine évolution. Comme il arrive souvent dans le milieu des personnes allergiques, et dans la vie même, la prévention est la clé. Le dialogue et la coopération nous ont fait faire de grands progrès en quatre décennies. Nous avons hâte que la collaboration future mette l’accent sur la sécurité et sur l’accès aux produits. Nous avons une dette de gratitude envers plusieurs personnes et de nombreux groupes également, y compris les représentants des gouvernements et de l’industrie alimentaire. Tous ont travaillé sans relâche pendant toutes ces années pour mieux faire connaître les allergies et améliorer la sécurité des personnes affectées.

Les problèmes confrontés aujourd’hui par les consommateurs allergiques font l’objet d’un article récemment publié en anglais dans CANADIAN FOODSAFETY MANAGEMENT, le premier et le seul magazine au Canada traitant exclusivement de sécurité alimentaire. (voir le site Le lien suivant s'ouvrira dans une nouvelle fenÍtrewww.foodsafetymanagement.com).

Info asthme allergies, numéro 4 2006

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