Association d'information sur l'allergie et l'asthme

Prévention des allergies en 2008

Sicherer, S.H. et Burks, A.W. « Maternal and infant diets for prevention of allergic diseases: Understanding menu changes in 2008 », J Allergy Clin Immunol: 2008;122:29-33.

Résumé rédigé pour le bulletin de l’AIAA par Edmond S. Chan, MD, FRCPC

Cet éditorial de Sicherer et Burks vise à donner un compte rendu des changements apportés, au vu de nouveaux éléments de preuve, par l’American Academy of Pediatrics (AAP) à ses recommandations en matière de prévention chez les nourrissons à risque élevé de contracter des allergies. Les auteurs s’interrogent en plus sur la future orientation de la recherche dans ce domaine et donnent des conseils pratiques sur la nécessité d’une prise de décision personnalisée dans certaines situations (p. ex., lorsque le nourrisson a une soeur ou un frère plus âgé qui est allergique à l’arachide).

En 2000, l’AAP définissait comme nourrisson à risque celui dont les deux parents (ou un parent plus une soeur ou un frère) étaient allergiques. L’AAP donnait à penser qu’il y aurait avantage à éviter l’exposition à l’arachide durant la grossesse et à bannir l’arachide et les noix du régime alimentaire de la mère pendant la période d’allaitement. Pour ce qui est de l’enfant en bas âge, l’AAP suggérait de retarder les produits laitiers jusqu’à ce qu’il ait 12 mois, les oeufs jusqu’à ses 2 ans et l’arachide, les noix et le poisson jusqu’à ses 3 ans.

Au début de 2008, l’AAP publiait une mise à jour de ses recommandations, très semblable aux recommandations européennes qui existent depuis plusieurs années. L’AAP a changé sa définition du nourrisson à risque élevé par celui ayant soit un parent soit une soeur ou un frère allergique, la rendant moins stricte. De manière encore plus significative, l’AAP a déclaré qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves en faveur de mesures autres que l’allaitement maternel exclusif pendant 4 à 6 mois (voire l’utilisation d’une préparation pour nourrissons hypoallergénique quand l’allaitement exclusif est impossible). En d’autres mots, du point de vue des allergies, il n’y a aucune raison pour les mères d’éviter certains aliments en cours de grossesse ou lors de l’allaitement. De la même façon, dès que l’enfant atteint l’âge de 6 mois, il n’y a aucune raison de retarder l’introduction d’aliments spécifiques, y compris les oeufs et l’arachide, en raison des allergies.

Une chose cependant n’a pas changé dans les recommandations de l’AAP entre 2000 et 2008. Elles préconisent toujours l’allaitement maternel exclusif durant les premiers 4 à 6 mois au moins chez les nourrissons à risque élevé. Il a été démontré que cette mesure constitue une prévention efficace contre l’eczéma et l’allergie au lait de vache. Elle implique aussi l’évitement de toute nourriture solide avant l’âge de 4 à 6 mois. Advenant que, durant cette période, le nourrisson ne puisse bénéficier d’un allaitement maternel ou avec un supplément, il est recommandé de recourir à une préparation à base de caséine fortement hydrolysée (ou de lactosérum partiellement hydrolysé même si c’est moins efficace) plutôt qu’au lait de vache ou à une préparation à base de soja.

En dernière partie de leur éditorial, Sicherer et Burks constatent que les recommandations de 2008 de l’AAP font ressortir les limites des données disponibles sur la prévention qui s’attachent à expliquer ce qui ne fonctionne pas plutôt qu’à dresser une « liste à faire » volumineuse. Leurs commentaires portent sur les courants de la pensée actuelle voulant que retarder l’ingestion de certains aliments, comme l’arachide, accroîtrait la probabilité de contracter une allergie en n’ayant pas eu l’occasion de développer une tolérance orale à cet aliment en bas âge. La possibilité d’un contact cutané précoce avec l’arachide, une voie d’exposition soupçonnée d’augmenter le risque de développer une allergie à cet aliment, serait augmentée d’autant. Malgré cela, Sicherer et Burks déclarent nettement qu’ils ne sont pas prêts à recommander aux parents de commencer à introduire le beurre d’arachide dans l’alimentation d’un nourrisson dès l’âge de 6 mois car la question n’est toujours pas éclaircie. Ils espèrent que des études comme celle intitulée "Learning Early About Peanut allergy" réalisée au Royaume-Uni aideront à l’approfondir. Entretemps, Sicherer et Burks sont d’avis que la décision d’introduire un aliment spécifique comme l’arachide dans le régime d’un enfant en bas âge doit être prise sur une base individuelle en discutant des éléments de preuve disponibles et en tenant compte des facteurs qui caractérisent la famille visée. À titre d’exemple, si elle a déjà un enfant plus âgé qui est allergique à l’arachide, une famille peut décider de bannir la présence de cet aliment pour tous ses membres, y compris le plus jeune enfant, parce que c’est plus simple ou encore d’attendre l’évaluation allergique du plus jeune pour ce faire. Il est prouvé que lorsqu’un enfant plus âgé est déjà allergique à l’arachide, le risque qu’un enfant plus jeune en soit aussi affecté est plus élevé. Les auteurs ont conclu qu’il fallait plus de recherche en matière de prévention.

Professeur adjoint d’enseignement clinique
Division Allergie, département de pédiatrie
Université de la Colombie-Britannique

Info asthme allergies, numéro 4 2008

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